Matthieu Gagnon, vice-président
Le 7 avril 2025, alors que je me rendais au travail à vélo depuis Orléans, une voiture m’a coupé la route à l’intersection de Beechwood et Acacia. Je ne me souviens plus exactement des circonstances de l’accident, car la collision m’a privé de ces souvenirs. Cependant, je sais qu’une personne a décidé de tourner à gauche sans vérifier que la piste cyclable était libre. À cause de la négligence de ce conducteur, j’ai subi une fracture de la mâchoire, des lacérations au visage, un œil au beurre noir et diverses contusions et égratignures. Cette négligence me cause et continue de me causer des douleurs. Elle a également un impact important sur ma famille. Mes enfants ont été très traumatisés. Ma plus jeune fille commence seulement maintenant à me regarder sans crainte, après près de deux semaines de convalescence et d’adaptation à mon apparence. Ma fille aînée n’a pas refait de vélo depuis l’accident, alors qu’elle était impatiente de sortir avec moi depuis des semaines. Ma femme a dû assumer une plus grande part des responsabilités familiales, car je suis moins en mesure de contribuer aux tâches ménagères. Le fait que ce conducteur ait privilégié le gain de temps à ma sécurité a causé du tort à ma famille et à moi-même.
Je me suis interrogé sur la nature du sentiment de supériorité des conducteurs. Je pense que la façon dont nous construisons nos villes a un impact considérable sur ce sentiment. L’infrastructure de notre ville privilégie toujours la fluidité et le confort des voitures, mais jamais la sécurité des piétons. L’un des exemples les plus flagrants est l’intersection de Vanier et de Saint-Patrick, non loin du lieu de mon accident.
Au premier abord (figure 1), on constate que l’infrastructure est principalement conçue pour les voitures, avec seulement un petit trottoir pour les piétons et un caniveau peint pour les cyclistes. En y regardant de plus près (figure 2), on remarque que les feux de circulation près du Royal Oak sont conçus pour se briser en cas de collision, risquant ainsi de blesser des piétons ou des clients attablés. Pire encore, pour traverser la promenade Vanier et rejoindre Beechwood, les cyclistes doivent effectuer un virage à gauche sans visibilité sur la voie d’insertion pour accéder à l’îlot central, en espérant que les voitures derrière eux s’arrêteront. Ce ne sont là que quelques exemples des défauts d’infrastructure que l’on retrouve partout où la ville construit des aménagements cyclables.



La ville dispose d’un plan directeur des transports visant à réduire l’utilisation de la voiture. Cet objectif est essentiel à la réalisation des objectifs du Plan officiel, notamment la gestion de la croissance future, le développement économique, la lutte contre les changements climatiques et la création de communautés saines et inclusives.. Les voitures sont chères pour les ménages., et Conduire coûte cher à la société. Réduire notre dépendance à la voiture est essentiel. Pour y parvenir, la ville doit investir non seulement dans les transports actifs, mais aussi veiller à ce que les nouveaux projets ne compromettent pas la sécurité des piétons et des cyclistes, afin de rendre nos routes plus rapides et plus pratiques pour les automobilistes.
Actuellement, la ville dispose de 340 km d’infrastructures cyclables sur route (5 % des 6 000 km de routes), mais la plupart de ces « infrastructures » se résument à un simple trait de peinture sur un accotement jonché de nids-de-poule, de grilles d’égout, de débris et d’eau stagnante. Ces infrastructures permettent tout de même 7 % des déplacements dans le centre-ville et la périphérie. Il est indispensable de fournir aux usagers des infrastructures de meilleure qualité si l’on veut espérer résoudre les problèmes de la ville.
Il me sera difficile de défendre la sécurité des transports actifs cet été. Cette collision m’a laissé défiguré, la mâchoire immobilisée. Tout cela parce qu’un conducteur a jugé trop contraignant de s’arrêter pour vérifier la voie avant de tourner. Je perds des semaines de ma vie pour que cette personne puisse gagner quelques secondes. Mes enfants sont traumatisés à cause de son seul souci de commodité. C’est la conséquence des décisions prises lors de la construction de cette route par la ville. Tout a été pensé pour la vitesse et le confort des automobilistes, mais pas pour la sécurité des piétons.

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